dimanche 20 mai 2018

Sexisme, spécisme, "cannibalisme psychique"

En ces temps de Pentecôte, "mangez du veau" selon le slogan marketing du lobby de la viande, -l'élevage envoie à l'abattoir les veaux mâles, sous-produits de l'industrie laitière, réputés inutiles voire parasites puisqu'ils mangent des ressources alors qu'ils ne porteront pas de petits-, et en ces temps de ramadan, je vous propose un tout-images en trois pubs sexistes, et spécistes, ça va de soi, les deux marchant ensemble.


Migros, grossiste alimentaire suisse trouve fin de surfer sur la vague végétale actuelle en proposant aux hommes du "rose" (de la viande blanche de bébé animal anémié ?) sous la dénomination "grilétarien" : le gril, apanage des hommes qui se mettent au "rose" couleur fiiiille, et grillent tout : de la viande, du poisson et des.... légumes ! Leur site Internet : Griletariens.ch, en allemand. Œcuménisme de mauvais aloi, gril couplé avec le même suffixe que végétarien, le tour est joué, le végéta*isme, mouvement social de libération animale, est noyé dans la grillade, la rigolade, et la diversion.


Trouvé cette illustration sur le site Monsieur Mondialisation à propos d'un article sur "la société de consommation : négation de la pensée critique", où curieusement une femme s'enfourne (c'est une sale habitude de l'industrie de la pub, on ne voit pas dans les mêmes proportions des hommes se rentrer des aliments dans la bouche !) un burger avec une étiquette masculine dessus ! Réservé aux hommes ? Donc transgression ? Hors le fait que ce sont toujours les femmes qui sont associées à la consommation, si quelqu'un-e peut m'expliquer.... La subtilité du message m'échappe.


Et enfin, cette réflexion trouvée sur le Twitter des @feralfeminists (féministes sauvages) :
"Quand j'avais 12 ans, j'entendais des garçons me traiter de "crevette". Je demandai à l'un d'eux ce que cela voulait dire. Il répondit : "Quand une fille a un joli corps mais une tête affreuse, elle est comme une crevette. Si vous enlevez la tête, vous pouvez manger son corps". Sexisme est spécisme, concluent les férales féministes. En tous cas, les deux marchent main dans la main. Belle illustration aussi du cannibalisme psychique des femmes par les hommes, évoqué par Ti Grace Atkinson.

Cette semaine, on a entendu Trump s'exprimer à propos des mexicains illégaux aux USA (lesquels leur rendent des tas de services, notamment travailler dans leurs abattoirs, emplois dont les étasuniens ne veulent plus) en les traitants d' "animaux". Renvoyer l'autre à l'altérité radicale en l'animalisant. Le spécisme, cette racine du racisme et du sexisme.

Bonne fête de Pentecôte ou bon ramadan, selon vos croyances, ou juste bon week-end pour celles/ceux qui ne s reconnaissent dans aucune obédience, sans violence, dans l'assiette et ailleurs.

vendredi 11 mai 2018

D'ouvrier d'abattoir à lanceur d'alerte : Ma vie toute crue

"T'es un homme ou un pédé ?  "
" Ferme ta gueule, baisse la tête, fais ton boulot. Et si tu n'es pas content, dégage !"


" Microcosme viril très fortement hiérarchisé dans lequel tu dois faire tes preuves à chaque instant ", l'abattoir est le dinosaure qui a inspiré l'ère industrielle ; l'abattoir est la matrice inversée du travail en miettes : Henri Ford s'inspira dans les années 20 de la chaîne de désassemblage des abattoirs de Chicago pour inventer la chaîne d'assemblage de ses usines automobiles de Détroit. Taylorisme, fordisme. La fragmentation empêche de voir la big picture, et c'est voulu.

" La plupart du temps, sur la chaîne, quand tu es concentré pour tenir le rythme, tu ne vois rien de ce qui se passe autour de toi. Tu ne vois que ta tâche, la globalité de ce qui se passe autour de toi t'échappe. "

La fragmentation du travail va de pair avec les "corps en miettes" des ouvriers, et le désassemblage de la vache, du veau, du bœuf ou du mouton, jusqu'à ce que l'animal ne soit plus reconnaissable dans la viande qu'on vous vendra. Étourdi par un matador, vidé de son sang, les muscles encore vibrants d'effets nerveux et de mouvements incontrôlés, les sabots sont coupés, le corps "vidangé" de ses organes internes, la peau enroulée sur un treuil, découpé à la scie, dégraissé pour ne conserver que le muscle, les abats envoyés dans diverses cuves en inox, au milieu des flots de sang et de merde, le travail d'ouvrier d'abattoir est un travail épuisant et dangereux, soumis à des cadences infernales. " La cadence nous tue. Elle nous broie, nous pousse à faire n'importe quoi.". " On t'insulte, on te harcèle, on te menace pour que tu tiennes la cadence ".

Mauricio Garcia Pereira, le lanceur d'alerte qui informa L214 et le monde de l'abattage des vaches gestantes par l'abattoir municipal de Limoges est un jour en remplacement à la boyauderie (alors que son poste habituel est l'aspiration des moelles de bovins) qui traite les viscères, quand il voit soudain arriver un sac rosâtre qui semble remuer : il réalise alors que c'est un fœtus de veau complètement formé, sabots rose nacré et langue pointant de la poche de liquide amniotique dans lequel le veau s'est noyé au coup de matador tuant sa mère ; troublé, il appelle son chef d'atelier qui lui dit que tout est normal, qu'il n'a qu'à balancer le tout dans la cuve à déchets incinérables ! Après sept longues années de maltraitance, de souffrances physiques, de douleurs d'épaules et dorsales, de mufflées alcoolisées et de shoots de cocaïne "laissées sur la cuvette des WC sur une carte Carrefour" pour "tenir", d'engueulades homériques avec sa hiérarchie, au bord de devenir fou, profondément choqué -le coup de trop, la goutte d'eau-, Mauricio Garcia Pereira voit un soir suivant, par hasard, sur sa télé les effroyables images "volées" en février 2016 par L214 à l'abattoir pourtant certifié bio du Vigan, et après une recherche sur Internet, appelle Brigitte Gothière, co-fondatrice de l'association, en lui disant qu'il a un document vidéo à lui soumettre.
A partir de ce moment, approché par l'association, Mauricio complétera grâce à une petite camera embarquée fournie par L214 sa documentation sur les fœtus de veaux avant de quitter définitivement l'abattoir de Limoges. S'enclenche une séquence trépidante où L214 publie son témoigne qui est aussitôt relayé par la presse et la télévision : Audrey Garric du Monde arrive même dans le petit salon de son HLM pour l'interviewer ! Puis les plateaux de télé s'enchaînent.

Témoignage en deux parties : une moitié du livre est consacrée au monde l'abattoir, la description irremplaçable, par quelqu'un de l'intérieur, de la chaîne de mort industrielle qu'est l'abattoir, (l'abattoir municipal de Limoges avec " 1500 bovins, 1500 ovins et un millier de porcs abattus chaque semaine, ce qui représente 25 000 tonnes de viande chaque année ", est un des plus grands abattoirs municipaux d'Europe : viennent y abattre les particuliers, les bouchers et les grossistes qui en sont les principaux clients donc patrons), puis en deuxième partie, sa vie de lanceur d'alerte très sollicité par des journalistes pendant quelques mois. Mauricio Garcia Pereira, après des entretiens à propos de ses cauchemars récurrents avec une psychologue qui lui a diagnostiqué un "état de choc post-traumatique", est aujourd'hui en formation pour devenir monteur en réseaux électriques en haute et basse tension, mais il portera à jamais le stigmate du lanceur d'alerte ayant révélé les mauvaises pratiques d'un employeur. Le livre qu'il signe est coécrit avec la journaliste Clémence de Blasi. Lisez-le, et si vous êtes bibliothécaire, achetez-le et faites-le circuler !

Ouvrier d'abattoir n'est pas une vocation : on y va travailler, d'abord recruté par une agence d'intérim, parce que "c'est ça ou la rue" et que dormir dans sa voiture, ça va un moment, mais ce n'est pas une vie à la longue.

" A l'abattoir, les animaux sont terrifiés. Souvent, ils gardent la tête baissée, comme s'ils étaient résignés et acceptaient la mort. Certaines bêtes se battent jusqu'à la dernière seconde, d'autres se laissent tomber de tout leur poids dans le couloir de la mort et refusent obstinément d'avancer, malgré les coups de bâton et les décharges électriques ".

" L'abattage des vaches gestantes est toléré par l'Union Européenne qui indique seulement dans un règlement de 2004 refuser le transport de "femelles gravides qui ont passé au moins 90 % de la période de gestation" (qui est d'environ neuf mois et demi pour les bovins). "

" Où sont les services vétérinaires ? Dans leur bureau autant que possible. [... ] Quand aux contrôles sanitaires, parlons-en ! Peut-être pourraient-ils avoir un impact quelconque... si les abattoirs n'étaient pas prévenus une semaine à l'avance du passage de deux ou trois des 500 inspecteurs de la Santé publique vétérinaire. Tout le temps que le contrôle à lieu, on baisse la cadence de la chaîne au minimum. Pendant ces inspections les ouvriers peuvent enfin travailler normalement, dans des conditions correctes. Mais dès le lendemain, les mauvaises habitudes refont surface. Pourquoi est-ce qu'il n'y a jamais de contrôles inopinés ? "

Souffrance animale, souffrance sociale et humaine. Clairement, les mangeurs de viande prennent des risques. Sanitaires surtout. Et celui de se faire rouler dans la farine de l'abattage rituel aussi : le processus est tellement lourd et long que bien des viandes sont déclarées rituelles qui n'en sont pas. Maltraitance aux animaux, aux humains, mauvaises pratiques, contrôles sanitaires inexistants ou bâclés, grosse cavalerie, insuffisance des étiquetages, omerta sur des pratiques illégales, pas vue pas prise, l'industrie de la viande est un monde opaque qui entend rester bien planqué derrière ses postes de garde avec triples barrières. On ne rentre pas.

" Si les abattoirs avaient des murs de verre, tout le monde serait végétarien ". Paul Mc Cartney.

Aujourd'hui encore, puisqu'il n'y a pas de loi l'empêchant, l'abattoir de Limoges continue à abattre des vaches gestantes, arrivées par "accident", les éleveurs qui paient très chers leurs inséminations artificielles ne s'apercevraient de rien. Qui croit ça ?

Les caractères gras et rouge sont des citations du livre. 

jeudi 3 mai 2018

Le Mouvement des Femmes n'a pas d'ennemis ?

La récente attaque terroriste (cela ne fait pas de doute) de Toronto par un masculiniste "incel" qui voulait se venger des femmes qui lui refusent l'amour, l'attention, et les services sexuels auxquels il croit avoir droit, faisant un nombre important de victimes femmes, implique qu'Alek Minassian désigne les femmes comme étant l'ennemi qui ne veut pas coucher avec lui. Infortuné "célibataire involontaire", il se venge, comme avant lui Marc Lépine et Elliot Rodger, respectivement tueur de Polytechnique Montréal en 1989 dont les femmes prenaient la place réservée, et le "gentleman suprême", auteur de la tuerie d'Isla Vista Californie en 2014. Les femmes n'auraient pas d'ennemis, mais les hommes oui, et ce sont ces satanées femmes subverties par le féminisme qui ne veulent pas coucher avec eux ! Je vous propose un texte écrit par Ti Grace Atkinson en 1969. Les femmes n'ont pas d'ennemis ? Il est peut-être venu, le temps de la clairvoyance.

DÉCLARATION DE GUERRE

" Almanina Barbour, une révolutionnaire noire de Philadelphie me disait un jour : "Le Mouvement des Femmes est le premier de l'histoire qui soit en guerre sans avoir d'ennemi". Je sursautai. Sa critique était pertinente. Je me creusai la tête, cherchant une réponse. Cet ennemi, nous l'avions sûrement défini à un moment ou à un autre, sinon qu'avions-nous cherché à abattre au cours de ces deux dernières années ? Avions-nous juste tiré en l'air ?
Deux réponses seulement me vinrent à l'esprit, mais en les cherchant je compris que la question avait été jusqu'alors soigneusement évitée. La première, et de loin la plus fréquente des réponses était "la société". La deuxième, moins fréquente et toujours furtive, était "les hommes".
Cette affirmation que "la société" est l'ennemi, comment faut-il l'entendre ? Si les femmes sont opprimées, il n'existe qu'un seul groupe qui puisse les opprimer : ce sont les hommes. Alors pourquoi les appeler "société" ? En disant "société" voudrait-on indiquer les "institutions" qui oppriment les femmes ? Mais il faut bien que les institutions soient maintenues, et la même question se pose : par qui ? La réponse à la question "qui est l'ennemi ?" est tellement évidente que le problème intéressant devient vite "pourquoi l'a-t-on évitée ?".
Le maître pouvait tolérer bien des réformes dans l'esclavage, mais aucune qui menaçât son rôle  essentiel de maître. Les femmes l'ont toujours su, et comme "hommes" et "société" sont en effet synonymes, elles ont eu peur de les affronter. Privé de cet affrontement et d'une compréhension rigoureuse de la stratégie masculine de lutte, si habile à ligoter les femmes, le "Mouvement des Femmes" est plus nocif qu'utile. Il provoque la réaction en retour des hommes sans faire progresser les femmes.

Il n'y a jamais eu d'analyse féministe. Le mécontentement des femmes et les tentatives de remédier à ce mécontentement, ont montré implicitement que les femmes formaient une classe, mais n'ont jamais donné lieu à une analyse politique de classe, en terme de causes et effets. Autrement dit, la persécution des femmes n'a jamais été prise pour point de départ d'une analyse politique de la société. Si l'on considère que la dernière grande vague de mécontentement des femmes a couvert 70 ans (1850-1920) et fait le tour du monde, et qu'une récente accumulation de griefs a commencé, ici, en Amérique, voilà environ trois ans, l'absence d'une explication structurale du problème est à première vue incompréhensible. C'est pour comprendre les raisons de cette omission dévastatrice et les conséquences de ce problème que nous en sommes venues au "féminisme radical".
Les femmes qui ont essayé de résoudre leurs problèmes en tant que classe ont posé des dilemmes mais n'ont pas proposé de solution. Les féministes traditionnelles demandent l'égalité des droits des femmes et des hommes. Mais sur quelles bases ? Si les femmes ont une fonction différente de celle des hommes, cette différence n'affecte-t-elle pas nécessairement les "droits" des femmes ? Par exemple, est-ce que toutes les femmes ont le "droit" de ne pas avoir d'enfants ? Le féminisme traditionnel est pris dans le dilemme de demander une égalité de traitement pour des fonctions différentes, parce qu'il est peu disposé à affronter la classification politique (des fonctions) par sexe.
Les femmes radicales, par contre, comprennent que considérer les femmes comme un groupe, c'est rendre possible une analyse politique de la société, mais elles ont tort de refuser de comprendre pourquoi les femmes forment une classe, pourquoi cette classe est particulière, et quelles sont les conséquences de cette description pour le système des classes politiques. Les féministes traditionnelles aussi bien que les femmes radicales ont évité de remettre en question une fraction quelconque de leur raison d'être ; si les femmes sont une classe, les termes de ce postulat initial doivent être examinés.
Le dilemme féministe est le suivant : c'est en tant que femmes -ou "femelles"- que les femmes sont persécutées ; de même c'était en tant qu'esclaves -ou "noirs"- que les esclaves étaient persécutés. Pour améliorer leur condition, ces individus qu'on définit aujourd'hui comme femmes doivent détruire la définition de leur être. En un sens, les femmes doivent se suicider, et le trajet qui mène de la féminité jusqu'à une société d'individus est hasardeux. Le dilemme féministe est que nous devons faire le maximum avec un minimum de moyens. Aucun autre groupe dans l'histoire n'a été contraint comme nous de tout recréer depuis le début.
La "guerre des sexes" est un lieu commun, depuis toujours et partout. Mais c'est une description inexacte des faits. Une "guerre" implique un certain équilibre des pouvoirs. Quand les pertes sont toutes du même côté, comme dans certains types de raids (souvent appelés "viols" d'une région), cela s'appelle un massacre. Les femmes en tant qu'êtres humains ont été massacrées à travers toute l'histoire, et ce destin découle de leur définition. Commencer à se grouper, voilà le premier pas que les femmes doivent faire pour ne plus être massacrées, et pour engager la bataille (la résistance). Espérons que ceci conduira éventuellement à la négociation -dans un futur très lointain- et à la paix. "

Ti Grace Atkinson
Odyssée d'une Amazone - Des femmes Editeur
Avril 1969.

" Il a fallu programmer les structures psychiques des femmes pour la non résistance, et la raison en est simple : elles représentent plus de la moitié de la population du monde. "

mercredi 25 avril 2018

Les hommes au volant, la mort au tournant

En fouillant sur Twitter je trouve ça : Le manifeste des femmes pour une route plus sûre.



Déjà que vous leur faites la vaisselle, le ménage, les courses, élevez leurs enfants, en plus, selon la sécurité routière, vous devez les empêcher de conduire bourrés ! Dans ce cas, curieusement, vous avez le pouvoir de dire non. Alors que sur d'autres sujets, c'est carrément mal vu, voire prohibé. Ils trouvent normal dans des tas d'endroits de se passer de nous, de nous interdire l'accès. Et là, on nous somme de faire quelque chose ? Faire assistante sociale, aide-soignante, BEQUILLE, c'est le rôle des femmes. En revanche, ce n'est pas le rôle des femmes de tenir un volant, quand monsieur est dans la voiture, selon mes observations atterrées. Malgré le fait qu'il n'a peur de RIEN, même pas du gendarme, ni de la vitesse, ni de faire concours de petites bites. Ils sont pourtant responsables de 85 % des accidents mortels sur les routes, j'ai entendu un pompier un jour dire "toutes ces femmes qui meurent et qui étaient passagères" ! C'est carrément l'hécatombe :



Si les femmes prenaient le volant au lieu de le laisser à Kevin, les assurances feraient des économies, la Sécurité Sociale aussi. Qu'est-ce que les femmes attendent pour exiger de conduire à la place de Paulo ? Combien de vies seraient sauvées ? Mais non, ce serait une atteinte de plus à leur petite virilité  mal placée ? Le terrorisme routier fait des victimes ; s'ils ne sont pas adaptés à la conduite prudente sur les routes qu'y pouvons-nous ? Alors, moi je ne signe pas. Evidemment, si un mec bourré de mon entourage veut conduire sa caisse, je lui confisque ses clés, je l'enferme dans le garage le temps qu'il digère sa cuite, je le fais surtout pour les autres usager.es de la route. Mais surtout, je conduis la voiture quand je suis dedans, à moins qu'une autre femme se propose. Je n'ai aucune confiance en leur "conduite sportive". Je propose même un périmètre de sécurité de 500 m autour des auto-écoles : interdit aux gars. Ils n'approchent pas. Toujours autant de carbone qui ne serait pas balancé dans l'atmosphère, parce qu'en plus, ce sont de gros carbonés : grosses caisses et vitesse. Conduire la voiture, c'est un acte d'assertivité, ce n'est pas réservé aux mecs. Les ponts et viaducs de mai approchant, et les transhumances qui vont avec, c'est le moment de prendre des résolutions. Si vous voulez à tout prix leur sauver la vie, mais surtout la vôtre et celle des autres, conduisez, Mesdames ! Tout le monde sera gagnant. Et s'il ne veut pas lâcher le volant, quittez-le.

lundi 16 avril 2018

King Kong Théorie


Télérama s'étant fendu cette semaine d'un article : Pourquoi il est urgent de (re)lire King Kong Théorie de Virginie Despentes, du coup j'ai suivi son conseil ! Je l'ai lu en 2006, année de sa parution, il y a une éternité. Je l'ai vite retrouvé sous une pile d'autres livres féministes.
Virginie Despentes est une punk (keupon) rock : dans les années 70, 80, elle fréquentait les milieux punks et les concerts rock en faisant du stop, cheveux courts verts ou crête rouge, en vivant de petits boulots en CDD chez Virgin au département musique vinyles et CD, pour payer ses sorties. Comme Michel Houellebecq qui travaillait, lui, à peu près à la même époque, certainement en CDI, normal, c'est un mâle, comme ingénieur recettes -évaluation et maintenance- des logiciels vendus au ministère de l'agriculture par UNILOG sa SSII, expérience dont il tirera Extension du domaine de la lutte. Puis lui aussi est devenu Michel Houellebecq ! Tous deux publient en effet sous leur véritable identité.

En rentrant un week-end d'un concert rock en stop avec une amie, elle est embarquée par trois sales mecs qui violent les deux sous la menace d'un fusil. Sauf que, bien sûr, le mot viol n'est pas employé : les gars "serrent les filles", les "persuadent un peu durement", de toutes façons, si elles n'en sont pas mortes, c'est qu'elles ne se sont pas défendues, donc qu'elles étaient consentantes.
" Car les hommes condamnent le viol, ce qu'ils pratiquent, c'est toujours autre chose ". " Dans la plupart des cas, le violeur s'arrange avec sa conscience, il n'y a pas eu de viol, juste une salope qui ne s'assume pas et qu'il a suffi de savoir convaincre ".

Virginie Despentes en fera un roman BAISE MOI*, qui lui permettra de devenir Virginie Despentes comme elle l'écrit : "et puis je suis devenue Virginie Despentes ", sorte de résilience par l'écriture et la reconnaissance littéraire. Romancière reconnue, mais aussi femme à baffer pour être sortie des clous assignés du "féminin" : ce qui passe bien chez Bukowski et Jack Kerouac (rouler bourré et écrire, en beuglant des gros mots sans ponctuation, en gros) ne passe pas du tout chez une femme. On va la réassigner à son statut de femme, surtout quand elle sortira (double blasphème) Baise moi au cinéma, avec une ex actrice de porno, Coralie Trinh Thi, à la réalisation. Pendant les interviews, raconte-t-elle, les journalistes ne lui posaient des questions qu'à elle, Virginie Despentes ; une ex actrice de porno, fût-elle passée derrière la camera, ne pouvant décidément pas formuler la moindre idée et opinion, n'ayant apparemment pas de tête, puisqu'on n'a jamais vu que son cul.

Dans un chapitre " Coucher avec l'ennemi ", Virginie Despentes voit deux volets à la prostitution : celui prescrit, encouragé par la société, le mariage qui garantit aux hommes une femme pour leur service sexuel gratuit, ainsi que l'entretien de leur ménage et l'élevage de leurs enfants, corvées tout aussi bénévoles, et celui condamné socialement par la société, le service sexuel payant, travail** renvoyé aux marges, dont les femmes portent seules le stigmate social. Il est à noter toutefois que leurs prestations n'incluent ni la lessive, ni la vaisselle, ni l'élevage. Je vous rassure, je ne suis pas passée du côté politique des "travailleuses** du sexe" : les deux asservissements des femmes, mariage comme prostitution m'indignent l'un autant que l'autre. Pareil pour la maternité-élevage. Pondre dans un cas sur deux de l'oppresseur par 70 kg, c'est définitivement non. D'ailleurs je me le suis appliqué. Je ne laisserais pas mes gamètes derrière moi. Tant mieux.

Coup de gueule phénoménal, King Kong Théorie permet à Virginie Despentes d'expliciter ses idées sur le genre, la prostitution et la pornographie, dont elle a sur ces sujets la vision néo-libérale des gens de gauche -elle s'est elle-même livrée au "travail** du sexe" durant trois années en indépendante, via le fameux minitel des années 80, sans y rencontrer de prédateurs, prostitution-addiction dont elle écrit toutefois qu'elle a eu autant de mal à arrêter que certaines drogues dures ou que l'alcool.

La lecture de King Kong est désinhibante, donc à conseiller : on voit qu'elle a lu ses classiques féministes, et les citations "à la manière de" parsèment son pamphlet : Valerie Solanas particulièrement, il y a aussi une citation des Guérillères de Monique Wittig à trouver ! C'est assez jouissif. Personnellement j'ai toujours adoré les citations au cinéma et dans la littérature, sorte de clins d’œils aux initiées, qui partagent une culture commune.

Virginie Despentes conclut son livre par une incitation aux femmes à se dépouiller des oripeaux de la féminité, cette impuissance ("vous n'êtes pas assez connectée à votre féminité, vous ne l'assumez pas" lui dira un psychanalyste qu'elle consulte) pour renouer avec la puissance des femmes, devenir une King Kong Girl, (dans le film King Kong, seule une femme pénétrera sans dommage le monde de la Bête à qui les hommes font une guerre impitoyable) refuser l'humiliation, refuser les rôles auxquels on nous assigne, riposter, pour que la terreur change de camp. Dans cette acception-là, King Kong théorie est indiscutablement un livre féministe puisque le féminisme, c'est tout à son honneur, c'est refuser l'impuissance de la féminité.

" C'est extraordinaire qu'entre femmes on ne dise rien aux jeunes filles, pas le moindre passage de savoir, de consignes de survie, de conseils pratiques simples. Rien. " " Une entreprise politique ancestrale, implacable, apprendre aux femmes à ne pas se défendre. Comme d'habitude double contrainte : nous faire savoir qu'il n'y a rien de grave, et en même temps, qu'on ne doit ni se défendre, ni se venger. Souffrir et ne rien pouvoir faire d'autre. C'est Damoclès entre les cuisses. "
" ...des femmes sentent la nécessité de l'affirmer encore : la violence n'est pas la solution. Pourtant le jour où les hommes auront peur de se faire lacérer la bite à coups de cutter quand ils serrent une fille de force, ils sauront brusquement mieux contrôler leurs pulsions "masculines" et comprendre ce que "non" veut dire. J'aurais préféré cette nuit-là être capable de sortir ce qu'on a inculqué à mon sexe, et les égorger tous, un par un. Plutôt que vivre en étant cette personne qui n'ose pas se défendre, parce qu'elle est une femme, que la violence n'est pas son territoire, et que l'intégrité physique du corps d'un homme est plus importante que celle d'une femme ".

" Ce que les femmes ont traversé, c'est non seulement l'histoire des hommes, comme les hommes, mais encore leur oppression spécifique. D'une violence inouïe. D'où cette proposition simple : allez tous vous faire enculer, avec votre condescendance à notre endroit, vos singeries de force garanties par le collectif, de protection ponctuelle ou de manipulations de victimes, pour qui l'émancipation féminine serait difficile à supporter. Ce qui est difficile, c'est encore d'être une femme, et d'endurer toutes vos conneries. Les avantages qui vous tirez de notre oppression sont en définitive piégés. Quand vous défendez vos prérogatives de mâles vous êtes comme ces domestiques de grands hôtels qui se prennent pour les propriétaires des lieux... des larbins arrogants, et c'est tout. "
Virginie Despentes - King Kong Théorie - Grasset Editeur - 2006 

Complètement d'accord, il n'y aura que l'empowerment (par la loi, par l'éducation, mais aussi par nous-mêmes) pour nous sortir de ce système féminin masochiste. Soyons, redevenons des King Kong Girls. "Rien ne vaut un bon rapport de forces" disait Frederick Douglass, le militant des Civils Rights, à quoi rajoutait Martin Luther King (de mémoire, je ne l'ai pas retrouvée) "mon pacifisme ne fait mouche que parce que j'ai derrière moi un groupe de gens en colère avec des calibres dans les poches" ! Il est temps d'instaurer un bon rapport de forces. Il est temps que la terreur change de camp.

* Je me souviens de l’œil désapprobateur de la libraire du Mans qui a encaissé en 2000 mon achat de Baise-moi, qui reste pour moi, le grand roman de Despentes, quoi qu'on dise ou pense.

** Je fais toujours le distinguo entre travail et emploi. Le travail peut souvent être bénévole, l'emploi lui, est généralement salarié, en tous cas payé. L'un est féminin, l'autre masculin. Précision qui vaut pour les défenseurs des "travailleuses du sexe" qui trimbalent par leur vocabulaire cette notion de travail-, corvée, due en remboursement d'une dette aux dominants par les serfs (attachés à un fief, sans possibilité de le quitter) et les femmes, qui échangent dans un contrat de dupes, leur autonomie et leur sécurité à un seul homme contre services gratuits, et contre une "protection" bien illusoire contre toutes les saloperies aux femmes perpétrées possiblement par les autres mâles.

Les citations de Despentes sont en caractères gras et rouge.

lundi 9 avril 2018

C'est quoi la ZAD #NDDL ?

L'évacuation de la ZAD de Notre-Dame Des Landes a commencé ce lundi 9 avril 2018 :
2500 gendarmes contre 100 zadistes, la presse, tenue à l'écart, est priée de se fournir en images et communiqués auprès de la Préfecture de Loire-Atlantique. Guerre des images, la Macronie En Marche.

La ZAD et la guerre civile mondiale

Editorial par Hervé Kempf à Reporterre.


Pour suivre les derniers évènements sur la ZAD :

Le site des occupants de la ZAD (avec radio Klaxon à droite de l'écran)
Reporterre (plusieurs journalistes sur le site NDDL)
Presse Océan (avec des journalistes sur le site)
L'éclaireur de Chateaubriant
(journaliste sur place)
La Gendarmerie et la Préfecture de Loire Atlantique contrôlent l'accès des journalistes (pour leur sécurité, ben tiens ;(( et produisent leurs propres photos et articles. Guerre des images et de la communication.

mardi 3 avril 2018

A un clic du pire : comment la pornographie a colonisé nos pratiques sexuelles


Cantonnée dans les années 70 à quelques cinémas à public largement masculin, la pornographie est ensuite entrée dans les foyers en utilisant le support video de la cassette VHS, puis le DVD. Désormais, elle est sur Internet, en accès libre, les formats VHS des années 80/90 ont été piratés et mis en streaming gratuit sur Internet ; des actrices qui ont aujourd'hui 70 ans voient leur image exposée en public sans percevoir de droits (les hommes tiennent la caisse enregistreuse, merci pour eux) ni sans pouvoir interdire quoi que ce soit ; tout ceci ruine évidemment les éditeurs et producteurs, et fait baisser les salaires des actrices d'aujourd'hui. L'industrie du porno s'est elle aussi uberisée. Tout le monde peut accéder à ces images : pas de paiement, juste un déclaratif sur l'âge, sans aucun contrôle. De plus, les algorithmes de Google peuvent proposer à tout moment un film pornographique dans les pubs et les liens qu'ils affichent. Les contrôles parentaux ne tranquillisent que les parents crédules, la majorité des films vus par les enfants le sont sur leurs smartphones. Ce qui fait que des enfants -à partir de 8 ans selon leurs déclarations- peuvent être exposés à des images crues de fantasmes sexistes, à une image dégradée des femmes. Ils sont plus familiers du vocabulaire qui accompagne ces images (fist fucking, éjaculation faciale, double pénétration...) que ne le sont leurs parents. Évidemment, cette industrie qui correspond davantage aux fantasmes sexuels masculins, même si, et il n'est pas question de le nier, les femmes regardent et sont intéressées, propose une image sexiste des femmes ; à force de saturer d'images les yeux du public, les enchères montent : " Aujourd'hui, on met des tartes aux filles dans les films, et tout le monde à l'air d'y trouver son compte, sans se demander pourquoi ce qui était marginal est devenu normal en l'espace d'une poignée d'années ", écrit Ovidie.

Pire, la pornographie formate les pratiques sexuelles, et les corps doivent être conformes aux codes pornographiques : épilation partielle ou intégrale du sexe, maquillage et chirurgie de la vulve -nymphoplastie des petites lèvres-, paillettes vaginales dans le but de faire s'écouler des paillettes parfumées durant le rapport sexuel. Toutes ces pratiques qui peuvent être dangereuses pour la santé répondent à un dégoût généralisé du sexe féminin. Les femmes trouvent leur sexe "moche" ! Les garçons trouvent qu'un sexe féminin non épilé c'est "dégoûtant" ! " Le porno, comme n'importe quel media, joue un rôle normatif dans notre rapport au corps " écrit Ovidie, qui constate qu'il est en train de réintroduire les "parties honteuses" du corps, concept dont on avait eu tant de mal à se débarrasser.

Après constat des ravages, Ovidie propose des solutions de bon sens aux parents : éviter l'interdiction qui sera de toute façon contournée, éduquer et avertir très tôt les enfants que cela existe, qu'ils peuvent refuser qu'on leur impose des images qui les dérangent, contextualiser, les prévenir que ce sont des mises en scène, que c'est infaisable dans la vraie vie, et dire aux filles qu'elles peuvent dire non et qu'elles ont le droit de dire ce qui leur ferait plaisir à ELLES AUSSI dans l'acte sexuel ! Il n'y a pas que le plaisir du partenaire qui compte. La conscience de classe n'a apparemment pas accompagné la pseudo libération sexuelle. Internet, le libéralisme radical, et la pornographie ont colonisé nos vies et celles de nos enfants. Il faut les avertir et les éduquer sans tabous, leur apprendre à contrôler leur image. C'est en substance ce que recommande ce petit ouvrage de 120 pages, à mettre entre les mains de tous les parents.

Définition : La pornographie c'est la domination des femmes par les hommes.
N'oubliez pas que ce sont eux qui tiennent le tiroir-caisse et qu'ils dominent le métier, comme dans toutes les industries.

Liens supplémentaires : j'avais fait une précédente chronique sur la pornographie à propos du livre de Jean-Luc Marret : Pornification, qui restitue bien le porno des années 80/90, celui d'avant Internet, à travers la carrière de Karin Schubert, actrice de La folie des grandeurs de Gérard Oury.

La biographie d'Ovidie sur Wikipedia.

lundi 26 mars 2018

Un monde d'hommes

" A men's world 
But finished
They themselves have sold it to the machines "*
Adrienne Rich - Poétesse

Des machines pour remplacer les ouvriers 
(OK, des bras articulés mus par cartes électroniques dans les ateliers de peinture et vernis de PSA, c'est mieux que des humains, les peintures et vernis sont hémato-toxiques)
Des chatbots sur Internet pour répondre aux clientes 
(Quand vous avez perdu un colis ou une lettre, la Poste vous permet de lui écrire sur son site web pour expliciter le dommage, l'accusé de réception est automatique et la réponse qui suit est envoyée par un chatbot, robot bavard (chat) qui apprend en interagissant (machine learning) ;
Des drones pour remplacer les facteurs et livrer les colis par géolocalisation

Des bagnoles autonomes
(qui écrasent les piétonnes pour le moment, mais bon, vous savez comment marche l'industrie, essai, erreur, essai, erreur..., jusqu'à la solution. Uber n'est pas une compagnie de taxis, elle est une entreprise de nouvelles technologies qui développe des applications de géolocalisation avec des petits bonshommes, où des petites voitures se meuvent sur votre écran et s'approchent de vous, signalant que vous allez être pris en charge dans 3, 2, 1 minute, c'est rigolo comme tout ; leurs chauffeurs sont des auto-entrepreneurs de l'économie informelle qui s'endettent pour acheter leur taxi, sont payés à coup de yield management -prix fixés en fonction de l'affluence ou non en une période ou un lieu donné-, mais tout le monde s'en fout, le but de l'opération, c'est de supprimer le chauffeur à terme, avec la voiture autonome de Uber, société de nouvelles technologies, rappelez-vous) ;
Des abeilles robots pour polliniser les cultures
les vraies abeilles étant subclaquantes à cause des saloperies de pesticides qu'ils ont déversés sur les campagnes depuis 50 ans, tant et si bien qu'il n'y a plus d'insectes, ni d'oiseaux non plus d'ailleurs, car ils se nourrissaient d'insectes ;
Des chiens, en tous cas des animaux à 4 pattes articulées qui ouvrent des portes,

Des poupées Xdolls pour leur triste sexualité
Toujours disponibles et pas compliquées, leur rêve !

REVUE DE WEB :

Les salles de marchés des banques sont truffées de robots qui achètent et vendent :
Triste photo de traders de Wall Street réagissant lorsque le marché des actions plonge.

 Nous allons tous mourir  pic.twitter.com/fAUyR2S9hX
Franchement, je ne sais pas ce que je fais si je rencontre CA en face de moi !



 En fait, c'est une robot-e :
Ils (elles) présenteront le journal télévisé ; sachez qu'ils écrivent déjà les articles et brèves que vous lisez sur Internet :


Enfin, les X dolls, poupées sexuelles en silicone à 80 € de l'heure environ : pour les phobiques sociaux mutiques.Triste sexualité quand même.

Actualisation 7 avril 2018

Zoé Lucider me signale le robot-soldat : il n'est pas encore au point, les robots militaires sont encore contrôlés à distance par des soldats humains, mais le robot autonome va suivre !

Robot de reconnaissance Cobra.

Les robots viendront-ils nous concurrencer dans la discipline humaine par excellence, en tous cas, c'est ce que nous prétendons, les animaux en sont pour l'instant exclus malgré quelques expériences avec des chimpanzés et des éléphants, l'art ? Il semble que oui. A preuve cette exposition qui se tient au Grand Palais à Paris du 5 avril au 9 juillet 2018


Obsolescence humaine :

Vous cherchez du travail ? Ressources humaines 2.0
Bientôt recruté-es par des robots ?
Comment séduire les robots recruteurs (pardon, ATS pour Applicant Tracking System) ?
Obsolescence humaine :
Chaque robot introduit sur le marché du travail détruit 6 emplois

Et en attendant une prochaine chronique sur Technically wrong : sexist apps, biased algorithms and other threats of toxic tech, l'excellent livre paru en anglais non traduit en français de Sara Wachter-Boettcher, consultante web californienne sur les biais et algorithmes sexistes d'un milieu dominé de façon écrasante par les hommes (mon billet sera en français évidemment), voici un avant-goût de ce qui nous attend toutes si nous ne prenons pas en main nous-mêmes ces technologies :
De l'automatisation des inégalités 

Bienvenue dans le futur ! 

*Un monde d'hommes. Mais fini. Ils l'ont eux-mêmes vendus aux machines.

PS Quand les femmes font du traitement du signal et de la robotique (j'en ai rencontré une à Rennes en décembre, sur un stand de protection animale où elle faisait du bénévolat) elles travaillent à développer des fauteuils intelligents pour handicapés. C'est en tous cas ce que cette ingénieure faisait. Autrement altruiste.

samedi 17 mars 2018

Intersectionnalité ? Ou convergence / divergence ? Conférence de Marie-Jo Bonnet, féministe historique

J'ai assisté à la conférence donnée le 16 mars par Marie-Jo Bonnet dans le cadre des manifestations du 8 mars 2018 à la Maison Internationale de Rennes. Titre de la conférence -il y a une erreur dans la date, le 16 était un vendredi : "Convergences et divergences des luttes intersectionnelles : l'exemple de l'homosexualité". Cela m'intéressait au plus haut point d'entendre une féministe historique, co-fondatrice du MLF, militante lesbienne, dire son point de vue sur l'intersectionnalité, dernière mutation du féminisme - "des féminismes", diraient certaines. Voici mon résumé de la conférence.

Définition de l'intersectionnalité : "Intersection des courbes (mathématiques) et tendances prenant en compte plusieurs critères et interactions dans l'expression des discriminations et des inégalités sociales selon le genre, l'ethnie, le handicap, l'orientation sexuelle... combinant différents effets de façon positive ou négative.". Le féminisme intersectionnel est au départ basé sur une notion juridique nord-américaine théorisée par le Black Feminism issu du mouvement des Civil Rights dans les années 70 (Elsa Dorlin, anthropologue du féminisme africain-américain), constatant que les femmes noires étaient déboutées de leurs plaintes pour discriminations sexistes au motif que la jurisprudence ne constatait pas ces cas lors de précédents jugements -majoritairement issus de plaintes pour discriminations sexistes de femmes blanches. Il fait le constat que les discriminations sont multicritères, qu'il y a pluralité de discriminations de classe, race et sexe, qu'elles se croisent, s'additionnent et peuvent ou non se renforcer. Il y a invisibilité des discriminations et elles peuvent être relatives à un groupe donné.

Herstoire du Mouvement des femmes, du MLF (Mouvement de Libération des Femmes) et du FHAR (Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire)

Cofondé au début des années 70 par des féministes militantes à la suite de Mai 68 : Monique Wittig, Marie-Jo Bonnet ( MJB), Christine Delphy, lesbiennes militantes, Françoise d'Eaubonne, hétérosexuelle homophile, et d'autres, le féminisme du MLF se veut universel : c'est "le Nous des femmes" explique MJB. Proprement révolutionnaire, c'est la première fois dans l'histoire que les femmes libèrent leur parole en disant "nous", de fait, séparateur des hommes. D'ailleurs, les hommes (hormis les gays avec le FHAR qui sera de toutes les manifestations derrière les femmes et leurs banderoles, car dit MJB, " il y avait du commun ", les gays étaient aussi silenciés), la plupart de leurs réunions à la Mutualité à Paris ne seront pas couvertes par l'ORTF de l'époque, les journalistes et les cameramen étaient refoulés de la salle, car de sexe mâle. La prise de conscience suivra, et l'ORTF formera et nommera des femmes dans ces deux métiers masculins pour pouvoir rendre compte du Mouvement des femmes et de leur prises de parole publique, hors lieux clos comme par exemple les prisons. Les années 70 et le mouvement féministe portent une contre-culture avec le "menstruel" féministe Le torchon brûle, Tout!, le journal des homos, et leurs slogans communs : A bas la virilité fasciste, à bas la dictature du phallus !
Monique Wittig, féministe et lesbienne radicale aura une phrase considérée comme malheureuse en 1980, rejoignant ainsi la pensée de Simone de Beauvoir sur le genre, en substance, les femmes sont des hommes comme les autres : "les lesbiennes ne sont pas des femmes" qui doit se lire comme les femmes hétérosexuelles vivent sous le joug du phallus, soumises aux hommes, les lesbiennes, elles, s'excluent de ce genre, car elles n'aiment pas les hommes, elles s'aiment entre elles.

A partir de 1981, c'est la fin de la communauté (classe sociale) des femmes, retour aux rapports sociaux de sexe, le mot femme disparaît au profit de "genre", les gays veulent se féminiser alors que les féministes n'en peuvent plus et rejettent radicalement ce concept de "féminité" considéré comme aliénant, les lesbiennes disparaissent, littéralement occultées, lors des années SIDA. Les hommes gays meurent massivement de l'épidémie, ce qui va provoquer un activisme gay, et les subventions vont aller aux associations gays de lutte contre le SIDA. Les lesbiennes se séparent des gays pour aller vers les femmes hétéros.

Années 2000-2010, le combat pour le PACS et le "mariage pour tous" : ces combats aboutissent selon MJB à une "normalisation des gays" ; pour MJB, l'homosexualité est une chance, c'est être non "main stream", à contre-courant, bénéficier d'un "stand point" (point de vue) hors norme. Le Mariage pour tous a été vendu à l'opinion comme une conquête de l'égalité, alors qu'il ne s'agit pas d'égalité au sens "droits de la personne, droits humains", mais de fait, d'une égalité entre couples hétéros et homos, les discriminations individuelles demeurent. Je pense qu'on peut dire la même chose de la PMA car les femmes célibataires en sont exclues. Quand à la location d'utérus, euphémisée sous l'acronyme de GPA* (tour de passe passe, le A suggérant l'altruisme), elle n'est ni plus ni moins qu'un droit revendiqué des hommes gays à l'accès au corps des femmes qu'ils n'aiment pas charnellement, pour porter leur descendance en effaçant la mère. Leur normalisation (et leur indéniable passage dans le camp du phallus) est achevée.

On assiste, dit MJB, à une " dissolution du féminisme dans les genres, la pratique sexuelle est au cœur de l'identité (homosexualité, trans-sexualisme), et le communautarisme est au centre de la solidarité, plus rien ne se transforme par la prise de conscience. Tout se fige dans un face à face destructeur  qui ouvre le règne des genres et du communautarisme sexuel. Fin de l'idée révolutionnaire, fin de la contre-culture. A force de couper la réalité en morceaux, on perd le sujet ".

Et puis, Année 2017 : retour du collectif, les femmes en tant que groupe social s'expriment à nouveau, la parole se libère comme en 1970-1971 avec le Mouvement mondial #MeToo ; elles n'en peuvent plus collectivement des violences, du silence et de l'omerta. Elles parlent, elles dénoncent et balancent leurs agresseurs. " MeToo, le nouveau cycle de la parole ; c'est le sujet qui parle, tout à coup c'est la libération, on parle de ce qui est refoulé dans l'inconscient."

Espérons que le mouvement #Metoo relance la parole collective des femmes. Mais " il faut être ferme sur les principes " conclut MJB.

En conclusion : Je vais tenter moi aussi, pourquoi pas, ma petite revendication intersectionnelle, puisque je fais partie d'un groupuscule dont on ne parle jamais, qu'on n'entend pas, et qui a le bon goût de raser les murs. Il s'agit des femmes célibataires sans enfant, et le comble, nous ne sommes même pas lesbiennes, donc vraiment aucune excuse ! Il va de soi que nous sommes aussi discriminées sur ce statut, en plus du reste : réputées égoïstes, n'ayant que soi à prendre en charge, imposées sur le célibat par le fisc, taxées dans les hôtels pour chambre à lit à une place, et en permanence emmerdées par les invitations de rigueur en couple. Au point de songer à louer un beau grand chien classieux à la SPA et arriver enfin à deux en smoking aux réceptions ! Tabac assuré. En entretien de recrutement, il n'est pas rare de s'entendre demander "mais pourquoi vous n'avez pas d'enfant ?", question parfaitement illégale ; tentez juste d'aller vous plaindre à l'Inspection du Travail ou même au CIDF, c'est l'expérience extrême, on vous y reçoit avec condescendance ou même mépris : les gars du bâtiment passent en premier à l'inspection du travail, et les femmes battues et/ou mères isolées sont les priorités du CIDF (enfin, j'espère, parce qu'à chaque fois que j'ai eu affaire à elles, j'ai été frappée par leur inertie !). Mais non, nous tenons bon, nous faisons et refaisons tous les jours nos choix, en rappelant aux autres qu'un choix, c'est dire non à toutes les autres possibilités, même (surtout) quand on choisit le mariage et la maternité ; nous travaillons notre assertivité et notre autonomie pour laquelle nous ne sommes prêtes à rien lâcher, nous portons nos noms fièrement et répondons à qui nous demande notre "nom de jeune fille" : j'espère que vous avez demandé la même chose au mec qui est passé avant moi, parce que le double standard ça commence à bien faire !", et sommes et restons surtout de fières féministes universalistes, répétant les slogans MLF des seventies "Un mâle, des maux" et "Une femme sans homme, c'est comme un poisson sans bicyclette" ! Que ferait un poisson d'une bicyclette, grande déesse ?

Mon MLF Albin-Michel Editeur :



MJB est à droite de la photo au premier plan.

"Viol de nuit", "Terre des hommes", "Un mâle, des maux" : slogans du MLF. Très radicaux comparés aux #HeForShe d'aujourd'hui !

Marie-Jo Bonnet, historienne de l'art et des femmes artistes, prépare actuellement une exposition "Les femmes et l'art" avec le Musée des Beaux-Arts de Rennes. Exposition prévue pour 2019. A suivre donc.

*GPA : Gestation Pour Autrui
Les citations de MJB sont en caractères gras et rouge.

jeudi 8 mars 2018

8 mars

Je n'aime pas les journées de commémorations qui permettent d'oublier et de se dédouaner, BA faite, pour le reste de l'année. Dès ce matin, à mes radios, la série habituelle des pataquès est de rigueur : la Journée Internationale des droits de lafâme, le plus répandu, commis par une éditorialiste économique d'Europe 1 ! Elle s'est fendue d'un édito sur le (reprenez votre souffle) "gender-budgeting" : en franglais, c'est plus sexy. Bon, elle a eu un peu de mal à expliquer en français édulcoré et non frictionnel que le pognon des collectivités locales (le vôtre et le mien) pleut sur les infrastructures pour garçons, notamment sur les clubs de foot et les skate parks, dans le vain espoir de canaliser leur violence et mauvais penchants, que les femmes, qui font autant de sport que les hommes, sont les grandes oubliées de ces investissements à fonds perdus.
Sur RFM, je suis réveillée par le journal en 80 secondes : Edouard Philippe promet des sanctions sur les différentiels de salaires entre femmes et hommes à l'horizon 2020 ! Tremblez, entreprises ! On se demande pourquoi pas tout de suite puisque le texte est dans le code du travail depuis 35 ans ? Mais les Inspectrices/teurs du travail ont tant d'autres chats à fouetter aussi : les gars du bâtiments et leur travail non déclaré, les maçons yougoslaves qui dorment sur leurs sacs de plâtres ! Il n'y a que les hommes qui travaillent bien entendu, les femmes ne font que forces supplétives et salaires d'appoint lorsque manque la "force de travail" (manpower disent les anglais) des bras masculins. C'est donc vu comme normal qu'on s'occupe d'eux en première instance. Quoiqu'il en soit, j'attends personnellement des réponses à mes différents courriers envoyés à différentes inspections du travail pour dénonciation de pratiques discriminantes par des entreprises et des cabinets de recrutement. Et je vais les attendre longtemps. Je n'ai même jamais reçu d'accusés de réception.


Cette même semaine, pour l'occasion, la région Ile de France et sa Présidente Valérie Pécresse ont lancé leur campagne contre le harcèlement de rue et dans les transports publics : une bouse pondue par Havas Paris, qui a reçu cinq sur cinq le message que justifiait Valérie Pécresse dans la presse en ligne : comme ce ne sont pas tous les hommes qui se livrent à ce terrorisme machiste (elle n'a pas dit terrorisme machiste, je vous rassure, c'est moi et mon mauvais esprit), on a choisi de montrer sur trois affiches, respectivement un ours, un requin et un loup, menaçant une femme cramponnée à un poteau de métro dans une forêt et au fond de l'océan ! Si. Ne nous fâchons pas avec les mecs, on en a à la maison. Comme les requins, les ours et les loups ne risquent pas de la ramener, vu qu'ils n'ont pas de voix, ni de bulletin de vote, on joue sur du velours. Et d'une pierre deux coups : ces trois animaux emblématiques, haïs des éleveurs et des touristes irresponsables dans le cas des requins (rappelez vous les surfeurs qui vont avec leurs planches dans des zones interdites, car réserves de requins à la Réunion tous les étés), sont, malgré leur statut d'animaux protégés par des conventions internationales ratifiées par la France, régulièrement abattus dans leurs sanctuaires par des préfets voyous à titre de "quotas de prélèvement" en novlangue, pour complaire aux suprémacistes humains que sont les éleveurs subventionnés, et les surfeurs touristes. Amalgamer ces grands prédateurs aux délinquants et incivils machistes des transports publics permet 1) de diffamer des animaux que les gens ont appris à craindre, et 2) d'épargner le seul vrai terroriste qui va du coup impuni : le mâle de l'espèce humaine. L'Aspas, One Voice et Sea Shepherd se sont toutefois fendus d'un tweet pour rappeler que les animaux sont aussi les victimes de la violence humaine -en fait, masculine-, via la violence préfectorale et le braconnage d'éleveurs délinquants. Et que la biodiversité régresse partout ! Cette campagne est infecte, elle manque son but, comme toujours.

Aussi, soyons plus créatives qu'eux : allez bien sûr aux manifestations et happenings prévus dans votre ville, mais vous pouvez aussi laisser libre cours à votre imagination ! Craies (chalk activisme), sprays (pas du tout réservés aux garçons), stencils, collages et marouflages, il y a plein d'idées et de méthodes à utiliser. Un aperçu ci-dessous -dont les 800 collages France entière d'un collectif de street art, Merci Simone qui a édité cette belle affiche.







Soyez créatives ! Bon 8 mars :)