samedi 14 octobre 2017

"Noir désir" : Cantat, poète maudit ?

La couverture mercantile des Inrocks du 11 octobre espérant faire leur pub et une recette record (le scandale paie) lors de la sortie du prochain album de Bertrand Cantat fait couler de l'encre et est prétexte à empoignades sur les médias sociaux. Olympe et le plafond de verre en fait un billet : Cantat, ce héros romantique. Où viennent commenter les habituels masculinistes qui font bloc pour défendre les intérêts des mâles contre des femmes forcément vindicatives, qui exigeraient le silence du poète maudit pour prix des ses péchés qu'il a pourtant payés au purgatoire de la prison. Trouvant qu'ils poussent le bouchon un peu loin, j'ai voulu y aller de mon commentaire, mais pour je ne sais quelle obscure raison technique ou au contraire voulue (?), son hébergeur a décidé que je suis un robot (diable !) et me refuse la publication de mon commentaire. Qu'à cela ne tienne : je le publie ici, en prenant davantage de place.

Je ne reviens pas sur l'explication d'Olympe que je trouve impeccable : la violence contre les femmes a évidemment tout du contrôle social, du maintien de fer du status quo. Mets une gifle (mortelle dans le cas de Cantat à Marie Trintignant) à une, les autres se tiendront à carreau. Et puis, les poètes un peu voleurs, violeurs, assassins ont conquis leurs lettres de noblesse avec le talentueux François Villon : " Frères humains qui après nous vivez, n'ayez contre nous les cœurs endurcis, car se pitié de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous mercy "*. Tsoin et tout ça, je suis malheureux, j'ai le cœur en bandoulière, j'écris à l'ombre du gibet, Dieu me punit pour mes péchés, aussi n'en jetez plus, ayez pitié la postérité ! L'histoire, la littérature et la poésie sont pleines des contre-exploits sanglants des hommes mâles. C'est ainsi qu'ils font régner la crainte et la terreur.

Donc, selon les commentateurs d'Olympe, c'est de l'acharnement : en substance, ce pauvre Cantat a payé sa dette à la société par une peine de prison, qu'on le laisse désormais en paix, avec le droit d'exprimer son grand talent à base de male tears, en s'apitoyant, un peu à la manière de François Villon, sur son sort de romantique qui a tué l'"objet" de son trop grand amour. Par un tour de passe passe habituel en patriarcat, le bourreau meurtrier devient la victime ! De lui-même, de sa violence intérieure, des circonstances défavorables, voire de la société.

Mais imaginez juste qu'un djihadiste -pour trouver un exemple en restant dans l'actualité, mais ça vaut pour n'importe quel-le terroriste- ayant tué un homme, une femme ou un enfant dans un attentat, qui, dûment condamné par un tribunal et ayant purgé sa peine en prison, reviendrait des années plus tard avec un livre de mémoires ou un album où il étalerait son mal-être comme dans le cas de Cantat, la presse en faisant la promotion en criant au génie maudit ?  Non, bien sûr, c'est inimaginable. D'ailleurs, certains tribunaux interdisent préventivement ces publications de mémoires de criminels dans certains de leurs verdicts. Mais les femmes en tant que groupe social n'ont toujours pas le même traitement : la société s'arroge le droit de leur infliger une double peine, avec le spectacle indécent de la parade de leurs agresseurs. Que la société fiche la paix à Cantat car il a purgé sa peine, cela me paraît juste, mais qu'en contrepartie, lui, nous fiche la paix avec ses états d'âme. En faire commerce et promotion sous le prétexte d'expression artistique est indécent.

* La balade des pendus - François Villon



6 commentaires:

  1. Je ne connais pas le travail de Cantat, pas plus que la musique de Noir Désir, qui semble avoir été son groupe. Il n'y a donc pas de suspicion de parti-pris "artistique". (ceci dit, il m'est revenu par des amies que son dernier opus était excellent).
    Mais le poursuivre d'opprobre est une négation de la notion même de justice. Effectivement, il a été "puni" pour son acte, certes malheureux, et là, ça va bien comme ça. C'est le principe même de cette fameuse justice: le prix est payé. Donc ce lâcher de chiens (et de chiennes) me parait plus qu'indécent. Et malheureusement symptomatique des fixettes sociétales exacerbées qu'on retrouve trop souvent par les temps qui courent.
    Que ce soit une femme qui meure sous les coups d'un homme est certes grave; mais au même titre qu'un homme sous les coups d'une femme (ou d'un coup de fusil dans le dos... suivez mon regard. Et là, curieusement, malgré la double condamnation de la justice qui avait condamné la meurtrière; pire, ce n'était pas un "accident sous impulsion" comme dans le cas de Cantat )on arrive à la faire libérer sous l'impulsion d'une populace mal informée ( c'est une victime, tu parles!) et manipulée par une horde féminine exacerbée.
    Deux poids, deux mesures donc. On ne s'attendait pas à mieux.

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    1. Ce qu'il y a de bien avec les mascus, c'est leur courage. Même pas foutu de mettre un nom, même de plume. A moins que ce soit du mépris ?
      Je prends "chienne" pas de problème, je suis antispéciste et puis l'animalisation des femmes est un toc mascu, autant en faire du positif : aussi gaffe au chiennes, leur gueule est juste à la hauteur de vos couilles, et elles ne lâchent pas facilement.

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  2. Oh le vilain troll, qui vient exprès sur un site féministe pour y traiter les femmes de populace (mal informée), de horde (exacerbée). On dirait qu'il a peur, le petit troll.

    Avec des arguments et des raisonnements de ce type, faut aller chez les mascus se faire rassurer et conforter par ses pairs ; ce sont bien les seuls endroits où l'on puisse ignorer la réalité à ce point et où le petit troll pourra se faire consoler.

    96% des victimes de viol sont des femmes (juste un chiffre au hasard (source Le Monde, 18.10, qui n'est pas spécialement féministe), pour les petits trolls qui nous ramènent leur relativisme : "oui mais les femmes aussi sont violentes", etc...)

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    1. Merci pour le soutien ;)) Ça fait du bien.

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  3. 1- On peut avoir un léger désaccord sur ce sujet sans être un affreux masculiniste qu'il s'agirait aussitôt de mettre au pilori

    2- Tu écris : "selon les commentateurs d'Olympe, c'est de l'acharnement", mais il n'y a que trois commentateurs dont deux qui sont de l'avis d'Olympe. Le troisième - c'est moi - ne parle pas d'acharnement, ne souhaite pas évoquer le cas Cantat, mais donne un point de vue sur le "contrôle social" qui devrait s'appliquer à celles et ceux qui ont purgé leurs peines, de manière générale. Quoi qu'il en soit il est - je suis - tout seul à "faire bloc"

    3- Je plaide coupable, je suis un homme - mais je ne crois être coupable de rien d'autre, rien qui vaille ton mépris - et tes petits arrangements avec la réalité...

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    1. Je ne méprise personne, j'ai bien lu que les commentaires n'exposent pas les mêmes arguments, le vôtre étant plus "modéré", ménageant les susceptibilités. Mais tout de même, mettre le meurtre d'une femme et la non assistance à personne en danger dans les conduites à risque, j'ai un peu de mal. PS Il n'y a aucun mal à être un homme, c'est une donnée dont vous n'êtes pas maître. Je trouve toutefois qu'en tant que membre de la caste sociale dominante, on peut au moins se méfier du statut et des privilèges qu'elle octroie quand on en a pris conscience, ce qui a l'air d'être votre cas. D'autres y arrivent bien. Merci de votre passage et de votre commentaire.

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